LONG SYNOPSIS

text by Jeanette Zwingenberger

The film starts with a sequence of static shots of the Chinese province of Chóngqìng: huge rocks, a waterfall, the peaks of a forest. The mysterious, 50-meter high rocks called Qinglong (literally Azure-Dragon heart), are located in the department of Wulong, and are part of the «five dragons» founding  myth of  Chinese civilization. Today, it is one of UNESCO’S World Heritage sites.

The camera moves through the morning fog, then brushes over fertile land which is sculpted into terraces. A couple works in the fields. In this valley, the geological and the agricultural time of Chóngqìng are joined together, and the immensity of the rocks contrasts with the green landscape. Cables reveal modern civilization. In the distance, the skyscrapers of a metropolis appear while faint city noise emerges in the sound track. A traveling shot flies over a highway which appears like a division of the two worlds: the old world, the countryside with its rocks and the new world, the city with its towers. Some of the 1.4 million refugees who were relocated by the construction of the Three Gorges Dam found shelter here.

Suddenly, close-up on a neck, resonating with the rhythm of the pulse. We see a male’s nude torso and his face, surrounded by some bees. It is the film’s main character (Shé Zuǒ Bīn). He is assisted by four men and his wife to perform a ceremony. The queen bees are now on his body and call the worker bees who will invade the body until it’s completely covered. The camera frames the beekeeper’s skin, hair, and finally one nipple which the bees forage in an almost intimate way. Their loud buzzing becomes the sound of the film. Their tingling is like a metaphor of the pulsation which the beekeeper has to master throughout his trance.  The mark of a sting indicates that there is real danger. Only his absolute immobility and seeming oblivion allow him to communicate with the bees and to secure his survival. After his two-hour physical trial, he becomes a living sculpture of millions of bees from 40 beehives, an equivalent of approximately 50 kilos. The bees form the second skin of this human beehive.

Abruptly shaking off the bees, the man emerges from his static being, a critical moment that could be lethal, where he returns to life. Running away he rejoins his group. The last take is filled with a swarm of bees that hovers in front of the landscape,  the bustling of the bees comparable to the interaction of small particles.

In Chinese tradition, man is a bridge between heaven and earth. Here, the human being becomes a living interface, highlighting the elements we are composed of as «co-habitant» of planet earth. These fields of tension between art and nature create a correlation between the two disciplines, where Marc Johnson puts himself onto an onto-phenomenological level in order to experience this connection of «being-in-itself» with other species. The link between nature and culture is no longer thought in the dominant verticality of mankind, but as a horizontal relationship where all beings are considered equal.

LONG SYNOPSIS

Texte par Jeanette Zwingenberger

Marc Johnson, artiste Français d’origine Béninoise, travaille à l’intersection de l’architecture, de la performance, de la photographie et du cinéma. Son film Yúyú est dédié à un rite du printemps, perpétué par un apiculteur en Chine, nommé Shé Zuǒ Bīn, celui-ci s’ouvre à la transe en faisant corps avec l’univers.

La saisie visuelle évoque autant une « sculpture vivante » que « sociale », une « performance » dans la tradition du body art. Mettant en scène une alliance primordiale entre l’humain et la nature, le film questionne les enjeux essentiels de notre planète: la survie des abeilles ainsi que notre équilibre écologique.

Le film commence avec une succession de plans fixes dans la province de Chóngqìng en Chine: des parois de pierre, une cascade, les cimes d’une forêt. Les mystérieux rochers de 50m de hauteur,  nommés Qinglong (littéralement Dragon d’Azur), situé dans le département du Wulong appartiennent au mythe fondateur de la civilisation chinoise des « cinq dragons ». Aujourd’hui, ce site est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. La caméra se déplace dans la brume du matin, puis elle parcourt une campagne fertile, sculptée des terrasses; un couple travaille aux champs. Dans cette vallée Chóngqìng cohabite le temps géologique et celui de l’agriculture, la massivité des rochers contraste avec la terre verdoyante.

Des câbles révèlent la civilisation moderne. Dans le lointain surgissent les gratte-ciels d’une métropole, tandis que dans la bande sonore s’installe la rumeur citadine. Un travelling survole une autoroute qui est comme la césure entre deux mondes : l’ancien, la campagne avec ses parois rocheuses et le nouveau, la ville avec ses tours. Ici a trouvé refuge une partie des un million quatre cents mille paysans expropriés suite à la construction du barrage des Trois-Gorges.

Brusquement, la caméra fixe en gros plan, un cou, en résonance avec le rythme d’une pulsation. Puis on découvre de face, le torse dénudé d’un homme et son visage que quelques abeilles explorent. Il s’agit du personnage central du film, l’apiculteur Shé Zuǒ Bīn. Il est assisté par quatre hommes et son épouse pour exécuter cette cérémonie. L’apiculteur est dressé au-dessus d’un précipice, dominant la vallée, ancré dans une position immobile. Les abeilles reines, installées sur son corps, font appel aux abeilles ouvrières qui à leur tour l’envahissent jusqu’à le recouvrir entièrement. L’écran cadre sa peau, des poils, un téton que des abeilles butinent dans un regard quasiment intime. La passivité de son corps en fait un territoire pour les insectes. Leur bourdonnement régulier devient le son du film.

Leur fourmillement est comme une métaphore des pulsations que l’apiculteur doit maîtriser par sa transe. La marque d’une piqûre signale le danger réel. Seule sa posture immobile dans cet oubli de soi, lui permet de communier avec les abeilles et d’assurer sa survie. Lors de cette épreuve physique de deux heures, il devient une sculpture vivante, composée de millions d’abeilles de quarante ruches, équivalente d’un poids d’environ cinquante kilos. Les abeilles forment alors la seconde peau de cette ruche humaine. Brusquement en se secouant, il quitte sa fixité statuaire, moment crucial où le retour à la vie peut devenir mortel. En courant, il rejoint son groupe. Le dernier plan laisse place à l’essaim voltigeant devant le paysage traduisant le dynamisme immanent des abeilles comparable à l’interaction de particules.

Au sens de la tradition chinoise, l’homme est un trait d’union entre ciel et terre. Ici, l’être humain devient une interface vivante, soulignant ce qui nous constitue en tant que « co-vivant ». Ces champs d’action entre art et nature, produisent une corrélation entre ces deux disciplines, où l’artiste se place sur un plan onto-phénoménologique afin d’expérimenter ce rapport d’être en-soi avec les autres espèces. Le lien entre nature et culture n’est plus pensé dans la verticalité dominante de l’homme, mais dans une horizontalité avec tout le vivant pris dans une logique d’équivalence.